« UNE RARE COMPOSITION ÉQUESTRE MULTI-FIGURATIVE EN BRONZE À LA CIRE PERDUE — LE MOTIF DU CAVALIER ET DE SA MONTURE, QUI PERDURE DANS LA COSMOLOGIE DOGON DEPUIS PLUS D'UN MILLÉNAIRE, EST ICI RENDU AVEC UN DYNAMISME SCULPTURAL EXCEPTIONNEL. »
Un groupe en bronze à la cire perdue de dimensions modestes (13 × 11 × 2 cm) mais d'une grande complexité formelle. La composition s'articule autour d'un cheval aux pattes longues et légèrement écartées, doté d'une tête bien définie aux oreilles dressées et aux orbites nettement modelées, et — caractéristique la plus remarquable — d'une queue qui s'enroule en une large spirale plate, parfaitement visible sur la vue de dessous (Image 4). Cette queue en volute constitue l'élément formel le plus singulier de l'objet : elle crée un point d'appui stable lorsque le groupe est posé à l'horizontale et sert également d'ancrage compositionnel à l'ensemble de cette œuvre dynamique.
Trois figures anthropomorphes y sont intégrées à des degrés divers : un cavalier principal assis à l'avant sur le dos de la monture, présentant un torse allongé, une petite tête schématique au crâne incliné vers l'arrière et des jambes pendant le long des flancs ; un deuxième personnage en pleine torsion dynamique — penché ou chutant — dont le corps croise la zone de l'encolure et de l'épaule du cheval ; et enfin une troisième figure, plus petite et stylisée, visible sur le profil droit et rattachée à l'arrière du groupe.
L'ensemble de la composition offre une lecture totalement différente selon l'angle d'observation : de face, elle apparaît comme une scène équestre maîtrisée ; de profil, comme un enchevêtrement tourbillonnant et énergique de membres et de corps ; de dessus, comme un entrelacs de lignes et de formes presque abstrait. Ce dynamisme multidirectionnel est characteristic des plus remarquables pièces de la tradition de la fonte d'art Dogon.
La patine est authentique et nuancée : les surfaces supérieures exposées arborent un vert-de-gris naturel — produit de la corrosion par le carbonate de cuivre propre au bronze véritable ayant vieilli à l'air libre —, tandis que les parties inférieures et plus abritées conservent la teinte brun-rougeâtre chaleureuse du métal de base. Aucune patine artificielle noire ou brune n'a été appliquée. La fonte révèle la surface légèrement rugueuse et texturée caractéristique du procédé direct de la cire perdue, sans polissage excessif après démoulage, ce qui est parfaitement conforme à la production des irim Dogon.
La queue enroulée en volute, visible sur la vue de dessous, ne relève pas d'un choix esthétique fortuit. Dans les représentations équestres Dogon en bronze ou en bois sculpté, la queue est fréquemment stylisée sous la forme d'une boucle ou d'une spirale. Ce vocabulaire formel se retrouve régulièrement dans le corpus documenté de cavaliers en bronze Dogon de la Hamill Gallery ainsi que dans la collection du Metropolitan Museum (inv. 1979.206.85, figure équestre, peuples Dogon ou Tellem). Dans la cosmogonie Dogon, la spirale fait référence à la structure hélicoïdale de la descente du Nommo — l'arche enroulée, le serpent d'eau, le vortex de la création. Sa présence sur la queue du cheval, exécutée à cette échelle et avec une telle précision, élève la lecture formelle de l'œuvre d'une simple fonction structurelle à une véritable expression cosmologique.
Cet objet a été réalisé par les irim — la caste des forgerons et fondeurs Dogon, un groupe endogame occupant une place sociale bien particulière en tant que médiateurs entre le monde terrestre et le monde spirituel. Les irim sont responsables de toute la production métallurgique de la société Dogon, des outils agricoles aux objets sacrés.
Leur technique de la cire perdue s'inscrit dans la lignée des anciens savoir-faire d'Afrique de l'Ouest : un modèle en cire est façonne à la main, parfois autour d'un noyau d'argile pour les pièces volumineuses (ou en fonte pleine pour les petits objets comme celui-ci) ; un moule de potée en argile est ensuite formé tout autour ; la cire est évacuée par chauffage ; le bronze ou le laiton en fusion est coulé dans le vide ainsi libéré ; enfin, le moule est brisé pour révéler une pièce de fonderie unique. Chaque œuvre à la cire perdue est ainsi intrinsèquement unique — il n'en existe pas deux identiques. La surface texturée et légèrement brute de ce groupe confirme une fonte directe sans retouches manuelles extensives, signature authentique du travail des irim.
Le peuple Dogon de la falaise de Bandiagara au Mali est l'un des plus étudiés de l'anthropologie africaine, principalement à travers les travaux de terrain de Marcel Griaule initiés en 1931. Leur système cosmologique compte parmi les plus complexes répertoriés en Afrique de l'Ouest, articulé autour du récit de la création par Amma (le dieu créateur), des huit Nommo (ancêtres / esprits de l'eau primordiaux), ainsi que du sacrifice et de la résurrection du Nommo dont le corps devint le fondement du monde.
La présence du cheval dans la région est attestée dès le XIe siècle, parallèlement à l'émergence des grands empires médiévaux d'Afrique de l'Ouest. Ces objets témoignent du prestige social et des facultés exceptionnelles du personnage représenté. Dans le mythe de la création Dogon, le Nommo ressuscité est descendu sur Terre à bord d'une arche qui s'est métamorphosée en cheval — faisant de l'animal à la fois un véhicule cosmologique, un symbole ancestral et un emblème du Hogon (le chef religieux suprême). Ce dernier paradait à cheval lors de son intronisation car, selon la coutume, ses pieds ne devaient jamais toucher directement le sol.
Les figures équestres expriment ainsi le statut, le prestige et le pouvoir. Elles honorent à la fois les ancêtres, les dirigeants actuels et le possesseur de la sculpture. La composition multi-figurative de ce bronze — présentant ce qui s'apparente à plusieurs serviteurs ou figures subsidiaires entourant le cavalier principal — pourrait représenter la procession d'intronisation d'un Hogon, un chef de guerre accompagné de sa suite, ou une scène mythologique issue de la tradition orale Dogon.
STRUCTURE : Entièrement intacte. Tous les éléments des personnages et le cheval sont présents. Aucun composant détaché ou manquant.
FONTE : Saine dans son ensemble. Aucune micro-fissure ou défaut de coulée.
PATINE : Vert-de-gris naturel sur les surfaces supérieures/exposées. Brun-rougeâtre chaleureux sur les surfaces inférieures/abritées.
PERSONNAGES : Les trois figures anthropomorphes sont présentes et intactes. Aucune tête, aucun membre ou autre élément ne manque.
CHEVAL : Intact. Les quatre pattes sont présentes. Queue en spirale intacte. Tête intacte avec les formes des oreilles bien visibles.
MANQUES : Aucun manque structurel.
NETTOYAGE : Ne pas nettoyer chimiquement — la patine vert-de-gris est un indicateur d'authenticité et constitue une part essentielle de la valeur de l'objet.
RESTORATION : Aucune restauration visible.
En 1931, Marcel Griaule traverse le Sahara et atteint la falaise de Bandiagara. Ce qu'il y découvre n'est pas une société « primitive », mais l'un des systèmes cosmologiques les plus élaborés jamais répertoriés par l'anthropologie : un peuple ayant passé des siècles à inscrire sa perception de la création, de la dualité, du sacrifice et de la résurrection au cœur même des objets qu'il façonnait. Le cheval, incapable de survivre dans le relief rocheux et inaccessible des falaises de Bandiagara, est devenu, précisément en raison de cette impossibilité, le vecteur parfait du divin — un animal appartenant à la sphère du pouvoir et du prestige, et non au quotidien.
Ce petit groupe en bronze accomplit une prouesse formelle remarquable : en seulement 13 cm de hauteur, il rassemble une monture, trois figures humaines, une queue en spirale hautement cosmologique et toute l'énergie dynamique d'un récit mythologique complet. L'irim qui l'a fondu savait que le procédé de la cire perdue est irréversible : on fige la forme dans la cire, on l'enveloppe d'argile, on la fait fondre, on comble le vide, puis on brise le moule. Ce qui en émerge est unique. Ce groupe est ce moulage singulier — le témoignage à la fois accidentel et délibéré de l'intention d'un artisan, rendu unique par la nature même de sa fabrication.
Pour le collectionneur d'art Dogon, les bronzes équestres constituent une catégorie hautement spécifique et recherchée. La composition multi-figurative — trois cavaliers ou personnages autour d'un seul cheval — est considérablement plus rare que le format classique du cavalier solitaire. La queue en spirale apporte une dimension formelle et cosmologique totalement absente des exemples à queue droite. Avec ses 13 cm, l’œuvre s'inscrit précisément dans la tradition des « petits bronzes » Dogon : dense, massive, intrinsèquement unique, elle ne nécessite aucun socle ni armature pour s'exposer avec élégance.
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